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2000-04
by Newsdee

   

- Always Remember Love -

"Les hommes ne se comprennent
pas les uns
les autres. Il y a moins
de fous qu'on ne croît."

- VAUVENARGUES,
Réflexions et maximes.

Une ogive arracha à la division un tiers de ses effectifs. Les corps retournaient ainsi dans la glaise originelle, humide par la pluie et l'éclaboussure écarlate du sang. Un soldat détourna la vue pour regarder son sergent. Ne pas penser. L'officier tira une salve laser vers l'endroit supposé de l'ennemi; cela aurait aussi bien pu être un monticule de terre. Ne pas penser. Tous les autres soldats imitèrent leur sergent, puis, sur un signe du supérieur, ils se replièrent dans les tranchées. Ne pas penser. Ne pas sentir le froid de l'eau poisseuse rentrant dans les bottes, les immondices carresser sa peau et allourdir chaque pas. Oublier les illusions. Rien d'autre que la réalité de la guerre. Plus aucun soldat n'avait de visage, tous unis derrière un masque protégeant leurs poumons des armes mortelles que peut porter l'air. Survivre ne signifiait qu'un autre jour passerait ainsi, mais c'était cela qui importait le plus. Ne pas penser. Le soldat continua à suivre ses compagnons, sans se soucier de ceux qui, derrière lui, spontanément entrèrent en combustion suite à une attaque ennemie. Le salut ne pouvait provenir que des informations que pourrait détenir le sergent. Si toutefois il paniquait un peu moins que tous les autres. Peu probable. Ne pas penser.

La tranchée fit un détour, puis s'engagea lentement sous terre pour arriver au fond d'un abri souterrain improvisé. Le soldat sentit quelque chose craquer sous ses pieds... cela pourrait aussi bien être du bois qu'un os humain. Finalement, après ce qui semblait être une éternité, la troupe s'arrêta. Le sergent compta les survivants, pour remarquer qu'il n'en restait qu'un tiers, éreintés et malades. Pour tenter de les rassurer, il clama d'une voix cassée par le doute qu'ils allaient attendre là que les renforts arrivent. Mais chacun savait bien que l'officier chargé de la communication fut abattu en premier, et toute son équipe avait été détruite dans la déflagration. Le soldat proposa de creuser un abri pour se camoufler si l'ennemi arrivait jusqu'à eux. Le sergent approuva et ordonna à tous les hommes de creuser une tranchée-camouflage de survie.

Le soldat, connu sous le nom de Code A, fut le premier à découvrir le sas. Il avait enlevé son masque à gaz, et utilisait la crosse d'un fusil laser à moitié fondu pour creuser, quand il heurta quelque chose de métallique. Sans oser bouger, il demanda l'intervention de l'expert en déminage, Code M. Celui-ci, grièvement blessé, avait un bandage sale à la place d'un de ses bras, mais se prêta à la tâche sans penser à lui - il était bien décidé à faire son possible pour éviter son sort à quelqu'un d'autre. Alors que Code A commençait à avoir des crampes aux bras, Code M lui indiqua que ce n'était pas un explosif. Soulagé, Code A s'assit pour se reposer, tandis que ses compagnons l'entourèrent et se penchaient au dessus de lui pour contempler ce qu'il avait trouvé. Deux soldats aidèrent Code M à déblayer l'étrange objet, qui s'avéra être une sorte de sas. Le sergent reconnu immédiatement les inscriptions à moitié effacées de l'objet: il s'agissait du d'entrée d'un abri anti-nucléaire. Il y aurait probablement de la nourriture à l'intérieur, et peut être même quelques survivants. Ils décidèrent d'entrer.

Le sas s'ouvrit en libérant un air qui puait le cadavre, indiquant qu'il était peu probable que des survivants résident à l'intérieur... à moins qu'il s'agissait de quelqu'un qui tentait d'entrer. Code A décida d'aller en premier, et entreprit de descendre le long escalier qui descendait à travers un cylindre vertical de béton.
Arrivé en bas, après une dizaine de mètres, il remarqua un squelette entouré de quelques couvertures. La puanteur ambiante était dûe à ce cadavre, combiné à l'air renfermé. Code A regarda les indicateurs de sa tenue de combat, pour constater qu'aucun agent pathogène était présent dans l'atmosphère. L'air était donc désagréable mais respirable. Après avoir invité ses compagnons à descendre, il avança dans la pénombre, jusqu'à faire face à une grande porte en fer portant la mention "entrée externe" en grandes lettres blanches peintes. Il tourna une poignée évidente, pour constater que la porte n'était pas bloquée de l'intérieur. Elle s'ouvrit lentement en gémissant, pour dévoiler une petite salle et une deuxième porte, baptisée "entrée interne" par la même peinture blanche. La deuxième porte n'avait pas de poignée, mais Code A remarqua qu'un petit panneau électronique s'était allumé dans le mur. Les deux portes étaient donc un sas étanche, prévu pour purifier l'air avant d'entrer ou sortir de l'abri. Code A continua à regarder le panneau, tandis que ses compagnons le rejoignaient un par un. Il s'écarta de l'affichage pour le montrer au sergent, qui savait parfaitement comment fonctionnaient ces dispositifs. Une fois qu'il s'était assuré que tous les effectifs étaient là, quelques uns debout, d'autres portés par ses compagnons, il referma l'"entrée externe". Avant d'activer la commande, il commanda à tous ses soldats de remettre leurs masques, au cas où un quelconque mécanisme de protection modifie le contenu de l'air pressurisé. Mais la précaution s'avéra inutile, la deuxième porte s'ouvrit pour donner accès à un deuxième escalier descendant davantage dans les entrailles de la Terre.

Le deuxième escalier, identique au premier, donnait accès à une troisième porte, portant la mention "chambre forte", et qui n'était pas bloquée non plus. Elle s'ouvrit un peu plus difficilement que les précédentes, mais finalement céda. A l'intérieur, ils seraient tous en sécurité, si toutefois il n'y avait pas de piège. Mais la chambre était vide. La même odeur de cadavre régnait . Sur le mur de droite, deux colonnes de trois lits, tous défaits, contemplaient une petite table remplie de magazines, et une étagère avec quelques appareils de cuisine. Environ une dizaine, les soldats placèrent leurs blessés sur les lits, tandis que Code A et le sergent parcouraient le reste de la chambre. Le mur de gauche portait un petit bureau au bois martyrisé, et des grandes étagères remplies de livres et de boîtes de conserve. Le sergent vérifia la date de péremption, pour clamer avec joie à ses soldats fatigués que les aliments étaient bons. Enfin un peu de bonne nourriture. Il entreprit de passer une boîte à chacun de ses soldats, tandis qu'il ordonna à deux soldats encore valides de bloquer toutes les portes de sortie pour empêcher l'entrée d'un quelconque ennemi. Code A, pendant ce temps, examinait le fond de la chambre: deux petites portes, et une table où une télévision trônait comme une pyramide sur le désert. Intrigué par les portes, il les ouvrit facilement pour vérifier le contenu. Celle de droite donnait accès à une petite réserve de nourriture et d'eau potable, avec des grandes étagères remplies de ces trésors jusqu'au plafond. Au fond de la salle, un ensemble de manuels concernant l'abri étaient posés à côté d'une ouverture portant la mention "recycleur". Ainsi, cet abri permettait de recycler les déchets et les retransformer en air et eau potables, ainsi qu'en aliments en cas d'urgence. La porte de gauche donnait quant à elle accès à une petite salle de bain, complète avec WC, douche et un petit évier surmonté d'un miroir fendu. A ce moment-là, le sergent l'appella et il rejoignit le groupe pour manger un petit repas improvisé. Rien de spectaculaire, juste des haricots et des épinards, mais cela passait pour un festin après ces deux années passées à manger des aliments chimiques en plein champ de bataille.

Code M demanda si la télévision marchait. Il y aurait peut être un disque contenant un film ou quelque chose, en attendant que le sergent prenne une décision sur ce qu'ils devaient faire. Le sergent indiqua que les renforts mettraient encore une demie-journée à arriver, et qu'ils attendraient ce moment-là pour sortir. Code A se leva pour activer l'écran, pour remarquer qu'une caméra vidéo était posée derrière l'appareil. Il l'ouvrir pour en extraire un disque doré. Insérant le disque dans une fente prévue à cet effet de l'écran, il rejoignit ses compagnons pour contempler ce qu'avaient filmé les survivants du bunker.

Un bois verdoyant s'étendait tout au long de l'écran, indiquant qu'il s'agissait probablement de l'été. Une jeune fille passa allégrement à côté de l'objectif, habillée en jean et un décolleté, en rigolant. Une voix masculine se fit entendre, probablement celle de celui qui tenait la caméra.

- "Nous sommes aujourd'hui le 20 novembre, et voici Nina qui pense qu'on va se ballader en forêt."

La caméra tourna pour filmer un jeune homme, pas beaucoup plus agé que la jeune fille, mais habillé de façon plus négligée, avec une chemise ouverte dévoilant un T-shirt noir arborant le logo d'un groupe de musique.

- "Mais en fait, on va aller dans un super endroit. Pas vrai, Rob ?"

Un autre jeune homme, vêtu plus classiquement et portant des lunettes, rejoignit le précédent, fit un geste théatral en indiquant une direction dans les bois, puis parla d'une voix sombre et exagérée.

- "Plus que tu ne le crois, misérable humain Mark."

Puis il ajouta, de sa voix normale:

"Mais que font Lucy et Cynthia ?"

Le caméramen se tourna pour filmer deux filles qui marchaient vers eux.

-"Les voilà !"

Cynthia, vêtue d'une robe légère, aidait Lucy, en short et T-shirt, à porter un grand sac. Arrivées devant la caméra, elles saluèrent vers l'objectif.

-"Salut le monde ! Nous voilà avec de la bouffe ! Andrew, tu ne peux pas nous dire où on va ?"

Le caméraman ne dit rien, mais Mark apparut, et prit le sac des mains de Lucy.

-"Vous verrez bien en arrivant."

Le film s'arrêta net. Code A déclara qu'il allait voir s'il n'y avait pas autre chose, mais les autres lui dirent de laisser, ils voulaient voir des jeunes filles, cel faisait un moment qu'ils n'en avaient plus vues. Code A se résigna et remit l'appareil en fonctionnement.


Le film reprit avec l'arrivée des six compagnons devant une grotte. Mark tenait la caméra, et Andrew apparut à l'écran. Il portait un jean bleu, et une chemise blanche. Il tenait Nina par la taille, et il était évident que son décolleté portait un dessin noir représentant une espèce de fleur. Le dessin se distinguait très bien, et il était possible de lire la mention qui l'accompagnait: "Always Remember Love". Avec son autre main, Andrew désignait l'intérieur de la grotte et parla.

-"C'est là dedans."

Mark l'interrompit en parlant à Cynthia:

-"Tu vas voir c'est dément."

Cynthia ne fit pas cas de cette remarque, et se tourna vers Lucy pour voir ce qu'elle pensait.

-"Si vous le dites... mais si c'est un truc dangereux ou dégueulasse, on rentre chez nous !"

Rob s'avança vers l'entrée de la grotte.

-"Mais non, vous allez voir, c'est vraiement sympa."


A l'intérieur de l'abri, Mark filmait les réactions de ses compagnons.

-"Wahhh, Andrew, t'as vu ça ? C'est génial !"

-"Oui, Nin, tel que je te l'avais dit ..."

Lucy s'interrogea:

-"Mais comment vous avez trouvé un bunker militaire comme celui-ci ?"

Rob répondit facilement:

-"Par hasard, on était venus boire un coup dans la grotte lors d'un orage, et on est tombés sur l'entrée."

Mark ajouta:

-"Et on s'est dit que ce serait un chouette endroit pour faire une soirée !"

Cynthia, cependant, était moins enthousiaste:

-"Ouais, mais qu'est-ce qu'on fait si quelqu'un se ramène ?"

Les regards des filles se tournèrent vers Andrew, qui probablement était celui qui avait eu l'initiative de venir.

-"C'est un vieux bunker, et la caserne de notre ville a été démantelée l'an dernier. On ne risque rien."

Quelques heures plus tard, les six compagnons étaint assis autour d'une table, dont le centre portait une lampe unique en son centre. Rob, à moitié caché derrière une pile de livres, était debout et lisait à voix haute celui qu'il tenait entre les mains.

-"Ce site a été construit il y a cinq ans. Il permet de protéger jusqu'à six personnes contre toute attaque nucléaire, et ce pendant cinq ans".

Cynthia frisonna, tandis que Lucy semblait ennuyée. Nina, pressée contre Andrew, s'inquiéta:

-"Vous pensez vraiment qu'il peut y avoir une guerre nucléaire ?"

Mark, tenant la caméra, répondit par la négative:

-"Bah, je ne crois pas. ça fait presque deux siècles que la bombe existe et personne ne s'en est jamais servi après le raid sur le Japon à la fin de la Deuxième Guerre."

Rob reprit la lecture.

-"En tous cas, ce bunker est fait de sorte qu'une alarme retentira en cas d'attaque, et il suffit de bloquer les issues pour que rien ni personne ne puisse entrer, pas même les radiations."

Lucy paraissait de plus en plus ennuyée:

-"Dites, vous n'avez pas autre chose à raconter ? Ok, c'est cool, on a trouvé un abri nucléaire. Moi je ne trouve pas ça marrant du tout."

Rob paraissait amusé.

-"Ben quoi, ça te fout les boules ?"

Lucy répondit sans gène.

-"Bien sûr que oui. Tu n'as jamais vu des photos des gens irradiés par la bombe Hiroshima ? C'est trop ignoble !"

Nina tenta de calmer le jeu:

-"Allons, on est ici pour s'amuser, pas pour avoir peur. Ne t'en fais pas, je suis sûre qu'il n'arrivera rien, n'est-ce pas Andrew ?"

-"Euh... oui, bien sûr, vous avez trois gallairds costauds pour vous protéger."

Comme si c'était un signal, Rob ouvrit une autre bière avant de regarder les autres d'un regard sombre.

-"Vous feriez quoi si vous étiez les derniers survivants de la race humaine ?"

Personne ne répondit pendant un moment.

-"Il n'y a pas de quoi avoir peur. Chacun devrait toujours être prêt à affronter des situations de crise, vous ne croyez pas ?"

Lucy répondit timidement.

-"Tu as raison. Ce n'est pas -"

Une alarme se mit à retentir, plongeant la salle d'une violente lumière rouge accompagnée d'un klaxon répétitif et dérangeant. La caméra tomba par terre, tandis que les six compagnons criaient, affolés:

-"C'est quoi ce bruit !?"
-"C'est une alarme !"
-"Andrew, j'ai peur !"
-"Refermez les sas !!"
-"Quoi ? ça ne va pas, Cynthia ?"
-"Mais, imbéciles ! Vous n'avez pas entendu Rob tout à l'heure ?! C'est une alarme nucléaire !"

L'alarme continua de retentir tandis que les six restaient en silence. Finalement, l'un d'entre eux parla.

-"Elle a raison."
-"Mais on ne va pas rester là !"
-"Allez, vite, montons refermer les portes d'entrée !"
-"Mais et nos familles !"
-"On n'a pas le temps !"
-"Allez, vite !"
-"Nooon ! Je ne veux pas rester là !!"
-"C'est bon, j'ai fermé la moitié des sas !"
-"Calme-toi, Nina ! Mark, monte moi une barre pour bloquer ce sas !"
-"Lucy, passe-moi le livre d'instructions !"

Tout d'un coup, l'alarme cessa. Toute la chambre fut plongée dans le noir. Les trois filles poussèrent des cris stridents d'angoisse. Une petite étincelle se fit entendre, puis une petite lumière apparut. Les cris cessèrent tandis que Rob passait devant la caméra tenant un briquet allumé d'une main, et un manuel ouvert de l'autre. Il cherchait visiblement quelque chose.

-"ça a dûcommencer. Je vais activer le circuit d'urgence."

Une lumière revint, faiblement. Personne n'osait rien dire.

Quelques longs instants passèrent ainsi. Soudain, Lucy rompit le silence.

"Je n'entends rien."

Silence. Rob jugea nécessaire de faire un précision.

-"Il y a un grand revêtement de ciment, on est bien isolés ici-bas."

Silence.

-"Mais qu'est-ce qu'on va devenir ?"

Silence.

Sanglots.

La caméra fut soulevée, puis éteinte.


La caméra se ralluma pour révéler une ambiance un peu plus illuminée, mais surtout, plus joviale. Rob posa la caméra sur une étagère, avant de revenir en arrière, vers un lit où étaient assis tous ses compagnons. Ils regardaient tous la caméra, probablement branchée à la télévision. Tous portaient un visage interrogateur, en regardant Rob. Celui-ci parla en premier:

-"ça fait plusieurs jours qu'on est là, alors pour ne pas perdre espoir, je propose qu'on raconte ce qu'on a fait à la caméra."

Mark ne trouva pas l'idée géniale.

-"C'est nul ton truc. Qu'est-ce que ça va changer ?"

Mais le reste du groupe étaient d'accord. Lucy félicita Rob:

-"Bonne idée ! Comme ça, on pourra regarder à nouveau l'enregistrement si on s'ennuie !"

Nina regarda Andrew.

-"Allez, je commence."

-"Si tu veux."

-"Nous sommes dans un abri, que nous avons nommé Hope."

Cynthia enchaîna:

-"Il est complètement équipé, avec de la nourriture pour plusieurs années."

Puis ce fut au tour de Mark:

-"Euh... et il y a même une salle de bains au fond !"

Andrew continua:

-"On s'entend bien, tout va pour le mieux ! Oui, nous en avons de la chance !"

Nina et Lucy éclatèrent en sanglots. Tandis qu'Andrew, Mark et Cynthia tentaient de les consoler, Rob se leva rapidement pour éteindre la caméra.


Quand le film reprit, une faible lumière illuminait le visage d'Andrew. Rob tenait la caméra, Mark et Lucy avaient une barre de fer chacun entre les mains, regardant tous les deux vers la porte de la salle de bains. Cynthia et Nina, terrifiées, se tenaient proches l'une de l'autre, derrière Lucy. Un étrange bruit, sourd, métallique et régulier provenait derrière la porte de la salle de bains.

Andrew parla à voix basse, entrecoupé par le bruit:

-"Puisque personne ne veut aller voir ce que c'est, j'y vais moi-même !"

-"Fais attention Andy !"

-"Mark, je vais ouvrir la porte, prépare toi à frapper ce qu'il y a derrière."

Tentant de se rassurer en serrant la barre en fer, Mark et Lucy se placèrent derrière la porte. Andrew l'ouvrit d'un seul coup, puis s'esquiva en arrière pour éviter ce qu'il pourrait y avoir à l'intérieur. Le temps se figea pendant quelques secondes, mais rien ne survint. Le bruit continuait toujours, mais plus net. Andrew prit un peu plus d'assurance.

-"Rob, amène-toi par là, et zoome avec la caméra pour voir si tu vois quelque chose."

-"Non, je ne vois rien, la salle de bains est vide."

-"Andrew, bon, j'y vais. Mark et Lucy, suivez moi en faisant attention."

Tous trois entrèrent dans la salle de bains. Le bruit se fit plus fort.

-"Mais il n'y a rien ici. Qu'est-ce que ça peut bien être à la fin ?"

-"Je n'en sais rien, c'est peut être quelque chose qui a creusé et qui essaye d'entrer !"

-"Ohh non !"

-"Merde ! Vite, il n'y a pas un instant à perdre, essayez de voir de quel côté ça vient !"

Lucy remarqua quelque chose:

-"Hey, regardez, il y a une sorte de poignée ici ! Andrew, essaye de l'ouvrir, je n'y arrive pas."

-"Ca a l'air bloqué."

Andrew tira de toutes ses forces, grimaçant d'effort. Finalement, la poignée céda et une petite trappe sur le mur s'ouvrit. Elle permettait juste le passage d'une personne vers un petit tunnel obscur. Le bruit métallique se fit encore plus net. Andrew remarqua un petit interrupteur, qui illumina le petit trou. Il s'y engouffra, tandis que Rob essayait de filmer ce qu'il y avait à l'intérieur. Au bout de quelques instants, Andrew éclata de rire.

-"Qu'est-ce qu'il y a ?"

-"Vous n'allez pas le croire !"

-"Quoi !"

-"Il y a une espèce de machine ici, c'est elle qui faisait le bruit !"

Rob passa la caméra à Lucy.

-"Tu peux me tenir ça ? Merci, je vais aller voir."

Rob entra aussi dans la trappe, en demandant à Andrew de lui faire de la place.

-"Ah, oui, ça doit être un dispositif de récyclage. Laisse moi voir ça..."

Cynthia et Nina rejoignirent Mark et Lucy, dans l'expectative que les deux trouvent une solution.

-"Oui, je vois ce qu'il faut faire. Andrew, est-ce qu'il y a un bidon d'huile là-bas ?"

-"Euh... oui, je crois... attends... tiens, voilà."

-"Parfait."

Au bout de quelques instants, le bruit metallique diminua, puis disparut. Tout le monde soupira de soulagement, et félicitèrent les deux héros quand ils sortirent de la trappe. La caméra fut arrêtée.


Le film reprit avec une mention "Couvercle Non Retiré" clignotante, indiquant que seul le son était enregistré. La voix de Mark se fit entendre, tout bas. Des gémissement étouffés s'entendaient distinctement.

-"Non mais quelle paire de salauds. Tu entends ça ? Ils le font dans les chiottes, sans aucun respect des autres !"

La voix de Rob, basse aussi, ajouta:

-"Comprends-les. Au moins ils ne font pas ça ouvertement et attendent que tout le monde dorme."

-"Moi je n'en peux plus. Je vais me faire Cynthia."

-"Arrête !"

-"Putain, mais je ne vois pas pourquoi ce seraient les seuls à s'amuser !"

-"Eux, ils sont ensemble depuis un moment. Si t'essayes de violer Cynthia, je t'éclate la gueule."

-"Bon, le prends pas comme ça. Je suis un peu frustré, c'est tout. Et toi, t'as pas envie de Lucy ?"

-"Non."

-"Ahh, je comprends, tu veux Cynthia aussi !"

-"Mais non, espèce d'imbécile."

-"Alors pourquoi tu ne me laisses pas faire ?"

Dans le fond, les gémissements se font plus forts, puis cessent subitement.

-"Ils ont fini, vite, dans nos lits, fais comme si rien n'était."


Quand la caméra se ralluma, ce fut pour montrer une autre discusion. Lucy était très énervée.

-"Eteins ça !"

Mais Andrew se résista. Il filmait Rob qui tenait Mark par le col de sa chemise, prêt à lui détruire le visage. Nina lui tenait le bras, tandis que Lucy et Cynthia regardaient, hors d'elles.

Cynthia continuait d'accuser Mark
-"Salopard ! Qu'est-ce que t'es venu foutre dans mon lit !"

-"Je t'avais prévenu, connard."

-"Arrête, Rob ! ça ne sert à rien de nous battre !"

-"Bordel, ça fait trop longtemps qu'on est là-dedans ! Je ne tiens plus !"

-"C'est pas une raison pour venir me violer !"

Lucy sembla reprendre son calme, mais restait cynique:

-"Les mecs, décidément, ne changeront jamais..."

-"Andrew, éteins ça ! C'est de ta faute si je suis comme ça ! Moi je ne tiens plus !"

Nina parut suprise:

-"Quoi ?"

-"Je vous entends, tous les soirs, dans les toilettes ! Je n'en peux plus !"

Les trois filles parurent aussi choquées.
-"Oh mon dieu !"

Andrew ne nia pas les faits.
-"Désolés, on ne voulait pas vous réveiller... comprenez-nous..."

Mais Mark n'en avait pas fini et continua de lâcher sa hargne.
-"Andrew, t'es qu'un salaud !"

Rob secoua Mark.
-"Mark, ta gueule !"

Nina essayait de retenir de le frapper.
-"Non ! Arrête, ça ne fera qu'empirer les choses !"

Mark n'en pouvait plus:
-"Mais enfin, on est peut être les derniers humains sur Terre... merde à la fin... je n'en peux plus..."

Il s'affala, et Rob le lâcha pour qu'il tombe sangloter par terre. Nina s'en approcha, et pris sa tête entre ses bras. Mark était inconsolable. Rob, énervé, s'éloigna en regardant vers le mur. Cynthia prit le relais de Nina, attendrie malgré elle. Lucy continuait de regarder, cynique. Finalement, elle parla:

-"Il a raison après tout. Je ne déclare pas avoir envie de qui que ce soit à présent, mais il se peut bien que les gens qui sont ici soient les seuls qu'on connaîtra du reste de nos vies."

Cynthia ne voulait pas admettre la réalité.
-"Ce qui veut dire ?"

-"Que nous devrons vivre comme une grande famille."

Nina reprit espoir et voulut arranger les choses. Rob était énervé dans son coin, mais se tourna à fur à mesure qu'elle parlait.

-"Nous avons nommé notre maison, Hope. Ce devra être le berceau de l'humanité si nécessaire."

-"Nous n'avons pas assez de nourriture pour ça !"

-"Nous pouvons attendre de sortir. D'ici là, il faut que nous vivons tous comme une grande famille, avec amour. Rappellez vous toujours de l'amour pour votre prochain."

Elle prit les mains de Rob, puis l'amena près de Mark.

-"C'est ce souvenir et cette confiance qui vous donneront l'espoir d'affronter le lendemain. Nous sommes tous les six des frères et des soeurs."

Lucy intervint:
-"Mais ça ne veut pas dire que l'on est obligés de coucher à répétition !"

-"Bien sûr que non, il est encore trop tôt pour ce genre de choses de toutes façons. Tout viendra naturellement, je vous demande d'avoir confiance."

-"Elle a raison."

Mark serra une de ses mains.
-"Merci, Nina. Je me sens mieux. Cynthia, excuse moi."

-"ça va, pour cette fois. Mais si tu recommences, je t'émascule."

-"Venez, à présent serrons-nous tous ensemble et prions."

Rob émit une réserve.
-"Moi je ne crois pas en ce genre de choses."

-"Alors il suffit que tu aies des pensées agréables pour le bien-être de tous. Venez, formez un cercle. Viens, Andrew, laisse tomber cette caméra."


La chambre était faiblement éclairée. Rob parlait à la caméra, bas.

-"J'ai perdu la notion du temps, je ne sais pas combien de temps est passé depuis qu'on est ici. Probablement plusieurs mois, peut-être un an, peut être quelques semaines. Je n'en sais rien. En tous cas, je commence à me poser des questions. Je ne sais pas si l'alarme est réelle. Nous nous sommes enfermés, et nous résistons tant bien que mal au confinement. J'avoue que parfois ce n'est pas une chose facile. Mais là n'est pas la question. Je suis décidé. Cet abri est vieux, et parfois défectueux. Je pense sérieusement qu'il n'y a peut être pas de guerre à l'extérieur, et je veux en avoir le coeur net."

Il partir rejoindre le lit de Cynthia, qu'elle réveilla, mais lui mit la main à la bouche pour qu'elle ne parle pas.

-"Shh, ne parle pas, écoute moi."

Il lui murmura quelques paroles à l'oreille. Cynthia se leva, lentement, puis l'interrogea:

-"T'es sûr ?"

-"Oui. J'ai besoin que tu m'aides à ouvrir les portes."

-"Et pourquoi tu ne réveilles pas les autres ?"

-"On reviendra les chercher après, pour le moment je veux savoir s'il y a quelque chose dehors. Si tout est dévasté, on revient."

-"T'es sûr que ce n'est pas dangereux ?"

-"C'est pour ça que je veux que tu viennes. Si jamais il y a de la radiation, tu m'enfermes dehors."

-"Je ne pourrai jamais faire ça !"

-"Tu le dois, je te le demande..."

-"Mais... Rob... je..."

Rob l'embrassa passionèment.

-"Je sais. C'est aussi pour que l'on puisse vivre ensemble à l'extérieur que je fais ça. Viens."

-"Attends, Rob, il y a quelque chose que je voudrais te donner..."

-"..."

-"Viens..."

Elle attira Rob derrière une porte. Doucement, des faibles gémissements de plaisir commencent à en transpirer. La caméra afficha soudain qu'il lui reste peu de batterie, puis s'éteignit automatiquement.

 

La lumière apparut soudain, blanche, intense, violente. Lucy tenait la caméra, et filmait dans tous les sens, essayant vainement de trouver quelque chose, un indice. Andrew se fit entendre, derrière elle.

-"Disparus ! Ils ont disparus tous les trois !"

Mark était aussi surpris que lui.
-"Le salaud. Je parie que Rob lorgnait depuis toujours sur Cynthia. Mais Nina, je ne comprends pas où elle a bien pu aller ?"

-"Nina !!!"

Lucy se fit entendre, en voix off.
-"Et si jamais..."

-"Andrew, non, pas ça !"

-"Tu te souviens des doutes de Rob ? Il sont peut être sortis à l'extérieur."

Andrew paru désespéré. Il se mit à ouvrir la porte de sortie, puis s'engouffra dans l'escalier, frénétiquement.

-"Nooon ! Ninaaa !!"

Lucy passa la caméra à Mark, qui ne savait pas trop quoi en faire, alors suivit la jeune fille. Ils s'arrêtèrent tous trois devant la "l'entrée extérieure", puis Lucy arrêta Andrew en lui bloquant le passage.

-"Arrête, Andrew."

-"Mais, je dois aller sauver Nina !"

-"S'il y a des radiations, il est déjà trop tard. Tu ne vas pas mourir aussi !"

-"Mais Ninaaa !"

-"Et s'il n'y a pas de danger, elle reviendra, non ?"

-"Oui... Nina.... ma Ninaa..."

-"Allez, revenons en bas..."

Andrew se mit à sangloter, tandis que Lucy le ramenait en bas. Mark éteignit la caméra.


Lucy apparut devant la caméra, décoiffée, avec un sourire forcé.

-"Allez, les amis, ajourd'hui c'est la fête !"

Andrew est recroquevillé par terre, affairé avec une sorte de tige métallique sur sa main. Mark regarda Lucy, regardant Lucy comme si elle était folle.

-"Et pourquoi ?"

-"Ben, juste pour égayer un peu l'atmosphère."

Andrew ne disait rien, affairé. Mark continua
-"Tu ne trouves pas que ce n'est pas le moment ?!"

-"Mais ça fait plusieurs semaines qu'on est comme ça ! Toi tu ne dis rien et Andrew se tatoue les mains."

-"Tu veux t'amuser ? Moi je vais te donner de l'amusement."

Mark se leva, et se dirigea vers Lucy. Il la pousse violamment contre le mur.

-"Mais... qu'est-ce que tu fais ? Arrête, Mark... Mark ! C'est pas marrant ! Mark !!! Mark !!! Nooon ! Andrew !! Au secours !!! Aide moi !! Andreeew ! Au viol !!"

Andrew continua à se tatouer, impassible, sans même lever la tête.


La lumière apparaissait progressivement, dévoilant Andrew assis devant une table et lisant un livre. Mark, portant une barbe de plusieurs jours, pousse Lucy, vêtue en haillons, à côté d'Andrew.

-"Et maintenant, en direct de Hope, le nouveau film de Mark, l'esclave qui se fait l'apathique !"

Andrew ne bougeau pas et se contenta de tourner une page de son livre. Mark ordonna à Lucy de faire selon ses désirs:

-"Esclave, lèche-lui le visage !"

Lucy, ayant perdu toute volonté propre, s'approcha d'Andrew, mais celui-ci resta sans bouger, insensible.

-"Esclave, occupe toi de lui !"

Elle s'affaira un peu plus, mais Andrew continua à tourner les pages comme si de rien n'était. Mark s'énerva, et frappa Lucy, qui tomba par terre.

-"Mais c'est pas vrai ! Allez, merde, sois un peu plus vivant ! On dirait un zombie ! Bouge un peu, bordel ! Il n'y a plus qu'une seule femme sur Terre, et elle est à nous !"

Tandis qu'il parle en regardant Andrew, Lucy se lève lentement, puis se dirige vers la salle de bains. Mark continuait à parler:

-"Je sais que c'était un coup dur pour toi, mais il faut qu'on survive, tu comprends ?"

Une détonation, limpide, définitive, provint de la salle de bain. Andrew bondit de son siège, faisant trébucher Mark, et se ouvrit grande ouverte la porte de la salle de bain.

-"Arghh !! Lucy !! Elle s'est tuée avec le pistolet caché dans la salle de bains !"

Il se détourna, ne pouvant plus voir pareil spectacle. Mark apparut derrière lui, visiblement faché.

-"Il y avait un flingue et tu ne me l'avais pas dit ?"

-"Sûrement pas à toi. Regarde ce que tu as fait !"

-"Ce n'est pas de ma faute !"

-"Eloigne toi de moi, ordure."

Mark était exaspéré. Il venait de se rendre compte de ce qu'il avait fait.

-"Je... Si tu n'étais pas resté sans réagir, ça ne se serait pas passé comme ça !!"

Andrew resta sans rien dire. Mark entra dans la salle de bain, et enleva son pantalon.

-"Mais.. qu'est-ce que tu fais ?"

-"Si c'est la dernière fois que je le fais, je veux que ce soit encore chaud."

Andrew regagna sa chaise, regardant au loin. Il se mit la tête entre les jambes, se balançant d'avant en arrière, en chantonnant faiblement, tandis que Mark prenait son pied avec un cadavre.


La caméra s'alluma pour montrer Mark, au visage rempli de cicatrices. Il s'assura que la caméra tournait, puis regagna une des portes du fond, celle de la réserve de nourriture, pour essayer de l'ouvrir.

-"Andreeew... je sais que tu es là. Ouvre moi, je veux que tu me passes de la bouffe."

André ne répondit pas.

-"Allez, sois sympa, je ne te ferai rien ! Promis !"

Même résultat. Finalement, Mark se résigna.

-"Bon, d'accord, je vais sortir Lucy dehors. Je sais, ça pue un peu, mais ça sert encore..."

Il enveloppa ce qui restait de Lucy dans une couverture, puis l'emmena dehors. Pendant qu'il était à l'étage supérieur, Andrew sortit de sa cachette, leva un pistolet vers la porte, et attendit.

Finalement la porte se rouvrit.

Andrew pressa la détente, son visage ne trahissant aucune émotion.

Il baissa ensuite son arme, regardant au loin. Puis, lentement, mena le pistolet à sa tempe. Quelques secondes passèrent, puis un clic du pistolet indiqua qu'il n'y avait plus de balles. Il laissa glisser le pistolet de ses mains, sans même bouger, et resta ainsi un long moment. Puis la caméra arrêta son témoignage, obligée par la décharge de ses batteries.



Le sergent éteignit le poste de télévision. Tous les soldats regardaient l'écran sans rien dire. Après quelques instants, Code M demanda s'il n'était pas temps de partir. Le sergent lui donna raison, et ils commencèrent à stocker des provisions pour le chemin qu'ils devaient parcourir. Avec un peu de chance, les renforts seraient déjà là, et ils pourraient tous regagner un hôpital militaire.

Quand ils furent tous partis, Code A s'arrêta sur le seuil de la porte de la chambre, et se retourna pour regarder la chambre. Lentement, il leva le bras, et regarda sa paume gantée. Tout aussi lentement, avec son autre main, il enleva le gant. Il continua à regarder sa paume, puis retourna pour dévoiler le dos de sa main. Elle portait un grand tatouage en encre noire, une sorte de fleur portant la mention "Always Remember Love".



Fatigués mais contents, Cynthia et Rob ouvrirent la porte de la chambre pour commencer leur ascension vers l'extérieur. A mi-chemin de l'escalier vertical, une chaussure de Cynthia glissa et tomba.

-"Oublie-la, on a plus important à faire !"

La chaussure fit un petit bruit en tombant, qui réveilla Nina. Elle remarqua l'absence du couple, et comprit tout de suite leur intention en voyant la porte ouverte. Elle pensa tout de suite qu'il s'agissait d'une mauvaise idée, alors elle partit derrière eux en refermant la porte derrière elle.

L'"entrée externe" s'ouvrit sans grande peine. Rob et Cynthia commencèrent la montée vers l'extérieur, enfin, après tout ce temps... Ils sortirent de la grotte, pour trouver la forêt verdoyante. Ils coururent vers l'extérieur, constatant avec une joie sans retenue que rien ne s'était passé. Ivres de joie, ils se régardèrent, puis s'embrassèrent et tombèrent dans l'herbe, sans lâcher leur étreinte.

Pendant ce temps, Nina était à peine arrivée à l'entrée de l'abri, au fond de la grotte.

Rob se releva assez rapidement, et aida Cynthia à se relever.

-"Attends, il faut qu'on fasse sortir les autres. Ils vont bien rigoler quand -"

Il n'acheva pas sa phrase. Un gigantesque champignon thermo-nucléaire envahit tout le paysage, détruisant toute forme de vie imaginable dans un souffle qui aurait autrefois été considérée comme la colère divine.

Quand il réussit à dormir entre deux combats, Code A rêve de Nina, qui l'appelle depuis quelque part...

- Newsdee, 2000.